L'enfant-canicule

Pendant quelques jours de canicule [1], les berges du canal Saint-Martin ont cessé de répondre tout à fait à leur ordre habituel, sans cesser pour autant d’être ce lieu immédiatement reconnaissable d’un Paris qui se gentrifie à marche forcée [2], avec ses célèbres passerelles, ses terrasses, ses restaurants, ses façades, ses riverains, ses promeneurs, ses usages réglés par la consommation, la résidence, le voisinage et cette discrétion des corps qui définit souvent, sous des apparences de civilité, la manière dont une ville devenue extrêmement chère décide qui peut y être visible ou non, quelles présences seraient légitimes ou non.

Introduction : Une scène collective, avant toute l’affaire

Rien ne s’y est renversé au sens spectaculaire du terme, aucun soulèvement n’a pris forme, aucun mot d’ordre n’a unifié ce qui venait là, mais quelque chose de l’ordre ordinaire dans la distribution des places s’est trouvé déplacé par la chaleur, par l’afflux massif des corps vers l’eau, par la nécessité de rejoindre un quai, l’ombre généreusement accordée par un arbre, un courant d’air, un peu de nuit, par cette pression élémentaire qui fait qu’une ville, lorsqu’elle devient trop chaude, cesse d’être seulement un espace de circulation, de commerce, de propriété ou d’agrément, pour redevenir un milieu physique où il faut pouvoir respirer, s’asseoir, traîner, se mouiller, jouer, attendre, faire corps avec d’autres.

La canicule n’a pas simplement accompagné, comme un facteur extérieur, ce qui s’est passé autour du canal. Elle en a déplacé l’échelle, en faisant d’un conflit d’usages apparemment situé le révélateur d’une distribution plus profonde des corps, des espaces et des possibles. Elle a alors fait apparaître avec une netteté presque brutale ce que l’ordre urbain parvient d’ordinaire à atténuer, à rendre invisible ou à renvoyer du côté des conduites à corriger : une forme de darwinisme socialon y…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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