Exrait précédent : Les Arméniens de Turquie, entre stigmatisation médiatique et déni ordinaire
L’analyse du déni ordinaire nous conduit au nationalisme ordinaire. Un autre exemple montre bien comment ce nationalisme ordinaire se produit par l’intermédiaire du système éducatif. L’analyse du discours des manuels scolaires officiels en Turquie révèle que le discours de haine et de discrimination ethnique se reproduit dans les milieux éducatifs. Les recherches précédentes nous montrent déjà bien que la rédaction des manuels scolaires d’histoire privilégie toujours l’aspect ethnique de l’histoire des Turcs. Dans les années 1945-1950, un élan humaniste a voulu donner une importance à l’Antiquité gréco- romaine, mais à partir de 1975-80, de nouveau, la dimension ethnique a pris la première place, avec la composante religieuse [1]. Il est intéressant de rappeler ici la recherche effectuée par Étienne Copeaux, chercheur spécialisé dans le nationalisme turc. En observant des cartes géographiques extraites des manuels scolaires d’histoire turque parus de 1931 à 1991, il a mis en évidence un discours uniforme « provenant d’une part du contrôle exercé par l’État, et d’autre part, d’un consensus qui a longtemps existé quant aux principales options historiographiques, au moins dans le milieu universitaire » [2]. Le contenu de ces manuels scolaires présente l’histoire de l’islam dans un sens « anatoliste » et « turquiste ».
Cette analyse montre l’influence de la cartographie historique sur les mentalités. L’objectif d’inculquer la turquification est toujours présent et consolidé : dans ces manuels scolaires, l’historiographie turque repose sur l’idée d’une « antériorité absolue de la civilisation turque par rapport à celle de tous les autres peuples ». Cette analyse nous montre la force du manuel scolaire, surtout visuel, qui pèse…
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Auteur: Nazli Temir Beyleryan

