L’Entroubli / Thibault Daelman / Le Tripode, 288 pages, 20 euros.
C’est une langue taillée au cordeau, du « sur-mesure ». Afin de raconter son enfance, le narrateur – alter ego de l’auteur, Thibault Daelman, dont L’Entroubli est le premier roman – agence les mots d’une manière qui surprend parfois. « J’ai dans le crâne, du verbe au lieu des neurones. Le verbe, sur tout, m’est un souffle », écrit-il. Une fois les premières pages passées et le lecteur acclimaté au rythme singulier de l’auteur, se déroule l’expérience sensible d’un jeune garçon qui doit composer avec une famille dysfonctionnelle en plus d’une pauvreté inscrite sur son front.
Les sensations et le bruit constant de cette famille nombreuse sont la musique de fond de ce roman d’apprentissage qui court de la petite enfance à la majorité. Le récit apparemment convenu du transfuge de classe devient une épopée unique dans laquelle la misère n’est jamais misérabiliste et où tous les personnages sont dignes et complexes. La mère est ainsi tour à tour dure, héroïque, volage, injuste, colérique ou courageuse. Elle considère l’éducation de ses fils comme l’une de ses priorités et s’échine à les placer en école privée, au prix d’ardentes et humiliantes négociations sur les frais d’inscription.
Le narrateur se trouve alors ballotté d’établissements publics à privés, en fonction de la magnanimité du directeur, compliquant davantage la sociabilité de cet adolescent mal dans sa peau. Et lorsqu’il rentre chez lui, le désordre des lieux et les cris de ses frères l’accueillent, telle une peinture banale et trop intense à la fois.
Ligne de crête
Plusieurs épisodes innocents et joyeux, comme les vacances avec le beau-père,…
Auteur: Lola Dubois-Carmes

