Dire que « les femmes sont bavardes », que « les Africains ont le rythme dans la peau » ou que « les Français sont malpolis », ne relève pas seulement du stéréotype, c’est-à-dire de l’opinion toute faite sur un individu ou sur un groupe, il s’agit aussi d’une forme d’essentialisation.
Ce terme est apparu ces dernières années avec les débats relatifs aux identités et on l’utilise surtout lorsqu’on parle de genres, de sexes, de religions ou de races. « Essentialiser », dans son acception la plus courante, c’est réduire l’identité d’un individu à des caractères moraux, psychologiques ou comportementaux prétendument innés. Ces caractères seraient transmis de génération en génération au sein d’un groupe humain auquel est supposé appartenir l’individu en question.
Le phénomène d’essentialisation est ainsi décrié en raison de sa tendance à enfermer chacun dans une identité étanche et immuable.
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On ne peut en saisir le sens actuel sans recourir à son pendant « l’essentialisme », un concept philosophique, contraire du nominalisme et de l’existentialisme qui consiste, tour à tour, à croire que les idées existent en elles-mêmes, que l’essence précède l’existence, ou qu’un être est contenu dans sa définition.
Ainsi, « essentialiser » consiste à réduire une chose ou une personne à une seule de ses caractéristiques et à tenir cette caractéristique pour essentielle. Si ce mot prend une place importante dans le débat public au point qu’on s’en méfie, c’est que la pensée essentialiste peut générer des idéologies réductrices, discriminatoires, voire extrémistes.
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Ainsi, dans le débat public, essentialiser tend à devenir péjoratif. Pourtant, paradoxalement, certains groupes susceptibles d’en être victimes vont jusqu’à le revendiquer. C’est le cas des mouvements féministes dits « essentialistes » (ou différentialistes) qui cherchent à prendre en considération les différences de genre dans leur lutte. Ils mettent en avant des qualités jugées spécifiques aux femmes afin de contrer la dévalorisation du féminin.
De même, dans les années 1980, la critique littéraire indienne Gayatri Chakravorty Spivak, connue pour ses…
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Auteur: Erick Cakpo, Historien, chercheur, Université de Lorraine

