Les excellentes éditions Abrüpt viennent de publier Quelque chose de rouge dans la nuit de Clément Willer. Il y est question du communisme hétérodoxe de Marguerite Duras, à partir de l’étude de certains de ses textes, du groupe de la rue Saint-Benoît, sur un communisme sauvage à surtout « ne pas construire ». Comme à leur habitude, le livre est accessible librement sur leur site mais aussi dans les bonnes librairies. Pour accompagner sa sortie, ils nous ont confié un petit film, L’envers nocturne ainsi que son script.
L’envers nocturne
Une nuit, c’était une nuit d’hiver, j’ai fait un rêve étrange. Je relisais un texte que j’étais en train d’écrire, sur le communisme de Duras, comme si j’étais éveillé et que la vie suivait son cours. Mais je n’étais pas chez moi, dans ma chambre ; j’étais dans une pièce quasiment vide, une chambre d’hôtel peut-être, sur les murs de laquelle défilaient seulement les ombres des nuages. Par la fenêtre, on n’apercevait pas grand-chose d’autre que ces nuages : cette pièce semblait se trouver à un étage élevé d’un grand immeuble, dans une ville inconnue.
Je me sentais bien, là, légèrement distrait par les ombres des nuages et en même temps parfaitement concentré. Quand soudain une phrase m’apparut. Elle ne se formait pas dans mon esprit, non, c’est plutôt comme si elle s’écrivait toute seule dans l’atmosphère d’un gris lumineux où baignait la pièce. Elle flotta un instant dans l’air, puis se dissipa. L’idée de la noter ne m’a pas traversé. Elle me paraissait évidente, impossible à oublier. Je posai mon stylo, levai la tête et regardai les nuages par la fenêtre. Il me semblait qu’ils défilaient à une vitesse inhabituelle, comme entraînés par un vent très fort.
En me réveillant, je suis allé à la fenêtre et, pour retrouver le fil de cette joie secrète, j’ai continué à regarder les nuages. Je prêtais aussi une…
Auteur: dev

