Enfin. Avec pas moins de douze ans de retard, l’EPR de Flamanville a produit ses premiers électrons dans la nuit du lundi 2 au mardi 3 septembre. « La phase de divergence [l’amorce de la réaction en chaîne au sein de la cuve du réacteur] a commencé. Cette opération va faire battre le cœur du réacteur pour la première fois », a annoncé EDF dans une vidéo postée sur X, lundi soir. (Presque) la fin des galères pour l’électricien français, même si le couplage — le raccordement au réseau du nouveau réacteur — a été repoussé de trois mois, d’ici la fin de l’automne 2024. Et que la pleine puissance, annoncée jusqu’alors d’ici la fin de l’année, ne devrait pas intervenir avant « plusieurs mois », selon le directeur adjoint de la division production nucléaire d’EDF, Régis Clément, qui n’a pas donné de nouvelle date.
Ce chantier prométhéen, passé par dix-neuf années de déboires et de rebondissements, est un cas d’école. C’est le réacteur de tous les superlatifs : le plus puissant, avec ses 1 660 mégawatts de puissance nette, le plus cher et peut-être aussi le plus marabouté !
Un projet mal-né
L’EPR est né d’un mariage un peu forcé entre le Français Framatome et l’Allemand Siemens pour plancher sur un nouveau réacteur. Tchernobyl étant passé par là, il fallait améliorer la nouvelle génération d’usines atomiques. L’EPR comporte donc un cendrier pour récupérer le corium en cas de fusion du cœur, des vannes de dépressurisation ultimes dans le circuit primaire (qui a toujours été en circuit fermé), une conception dite en « exclusion de rupture » pour les tuyauteries et, 11-Septembre oblige, un double dôme de béton renforcé pour résister à la chute d’un avion gros-porteur.
Sauf qu’à l’orée des années 2000, l’Allemagne prévoyait déjà de sortir du nucléaire. Ainsi, Framatome a récupéré la filiale nucléaire de Siemens pour devenir Areva. S’est…
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Auteur: Laure Noualhat

