Il y a des moments historiques où le lointain se rapproche pour nous aider à voir plus clair, aussi bien le lointain géographique de cultures à des milliers de kilomètres de distance, que le lointain temporel d’éclats de pensées enfouies dans un passé de centaines d’années. La distance n’est pourtant pas abolie par ce rapprochement. Elle garde toujours son potentiel de distanciation éclairante par rapport à l’opacité d’un trop de réalité immédiate aveuglante.
C’était dans les années quatre-vingt dix du siècle passé, quand je vivais encore en Allemagne, qu’apparut dans ce pays fraichement réunifié le slogan : « Venez étrangers, ne nous laissez pas seuls avec ces allemands ! ( Ausländer rein, lasst uns mit diesen Deutschen nicht allein !) », dans l’ambiance chauviniste et/ou indifférente, irrespirable et étouffante d’une xénophobie et d’un racisme virulents, qui causèrent dans cette décennie la mort de centaines de réfugies et de migrants, brulés dans des centres de demandeurs d’asile incendiés ou tabassés dans la rue. Cette ambiance n’avait pas changé au début des années 2000 quand une bande néonazie, auto-nommée NSU (National-sozialistischer Untergrund) put commettre neuf assassinats en une dizaine d’années – visant en particulier les gérants de restaurants Kebab. Contre cette haine meurtrière commença à souffler un vent nouveau dans le pays au milieu des années 2010, un changement que la chancelière Merkel ne pouvait pas ignorer quand Allemagne était confrontée à une vague d’immigrants venant principalement de Syrie et d’Afghanistan.
Aujourd’hui nous nous trouvons, dans les pays occidentaux, face à une urgence nouvelle, non seulement d’ouvrir les portes aux migrants des pays du sud qui fuient les zones de guerres, les dictatures et la famine -en grande partie conséquences de notre système économique et de notre politique extérieure et militaire- mais aussi de…
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Auteur: dev

