Dans un monde où la biodiversité est menacée, la découverte que les animaux possèdent leurs propres cultures bouleverse notre compréhension de la nature. Depuis l’observation à la fin des années 1940 de comportements culturels chez les macaques japonais, le catalogue des espèces présentant des comportements transmis socialement n’a cessé d’augmenter. Au même titre qu’une tradition humaine doit être sauvegardée, nous avons le devoir de protéger les cultures animales. Les programmes de conservation doivent désormais intégrer cette composante, mais la manière de mener ces actions de sauvegarde reste discutée.
Les macaques japonais lavent leur nourriture
L’arrivée en 1948 du primatologue japonais Kinji Imanishi sur l’île de Koshima, au Japon, marque un tournant décisif dans l’étude du comportement animal. Avec ses étudiants, il se lance dans une entreprise audacieuse : observer les macaques japonais dans leur milieu naturel pour en apprendre davantage sur les origines évolutives des sociétés humaines. Cette quête de connaissance survient dans un Japon post-Seconde Guerre mondiale, une période de reconstruction et de réflexion sur la nature humaine.
Le travail de terrain intensif mené par Imanishi et son équipe révèle des aspects fascinants de la vie des macaques. Leurs observations montrent que ces singes possèdent une structure sociale complexe, en clan familial et avec une hiérarchie de dominance. Mais c’est en 1952 que la découverte la plus marquante a lieu : une jeune femelle nommée Imo commence à laver des patates douces dans une rivière avant de les consommer. Ce comportement est rapidement repris par ses congénères, inaugurant ainsi une forme de transmission culturelle chez les macaques. Ce concept s’étendra ensuite chez de nombreuses autres espèces animales.
La culture animale
La transmission du lavage de patates douces est interprétée par les chercheurs comme une manifestation de…
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Auteur: Cédric Sueur, Maître de conférences en éthologie, primatologie et éthique animale, CNRS, Université de Strasbourg

