Professeur de sciences politiques et d’anthropologie à l’université de Yale, James C. Scott (1936–2024) soutient que l’absence de conflit ouvert ou de révolte n’est pas l’expression de la soumission des dominés à leur condition ni de leur acquiescement à l’ordre social en place. Deux ans d’enquête ethnographique à Sedaka, un village rizicole de Malaisie, à observer et interroger les villageois pauvres et aisé, lui ont permis de mettre en lumière les « armes des faibles » utilisées pour atténuer les effets de la domination.
Relevant de la « résistance quotidienne », elles prennent la forme de dérobades, de petits larcins, de blocages temporaires, et sur le plan symbolique, de calomnies, de racontars, de surnoms visant à ternir des réputations. Ses conclusions contredisent les concepts marxistes et gramsciens de « fausse conscience » et d’« hégémonie », puisqu’elles soutiennent que les dominés agissent de façon rationnelle, en pleine conscience des limites de leurs ressources politiques, économiques et symboliques.
Alors que les insurrections paysannes de grande ampleur ont suscité un engouement académique, renforcé par des données historiques et des archives plus fournies, bien qu’elles soient rares et quasiment toujours écrasées, sans obtenir jamais plus que quelques concessions arrachées à l’État ou aux propriétaires, ou un répit face à de nouvelles conditions de production, il préfère chercher à comprendre les formes quotidiennes de résistance paysanne qui s’arrêtent bien en-deçà des actes de défi collectifs délibérés. « Elles nécessitent peu ou pas de coordination ou de planification, représentent souvent une forme d’auto-assistance, et évitent la plupart du temps d’entrer en confrontation directe avec l’autorité ou avec les normes imposées par l’élite. » De par le monde, nombre de programmes gouvernementaux impopulaires ont en effet été…
Auteur: dev

