C’est l’un des objectifs de la réforme de l’assurance-chômage qui doit être votée mardi 18 octobre à l’Assemblée nationale et qui durcit les conditions d’indemnisation pour inciter au retour en emploi : répondre à la pénurie de main-d’œuvre qui touche actuellement de nombreux secteurs. « Il n’est plus possible d’avoir dans le même temps, autant de chômage, au-dessus de 7 % dans l’Hexagone, et des postes disponibles, faute de candidats », avait notamment déclaré le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, lors des rencontres économiques d’Aix-en-Provence en juillet dernier.
Or, cette position mobilise de façon indifférenciée les notions de chômage et de pénurie de main-d’œuvre, ce qui fait in fine peser sur les travailleurs hors emploi la responsabilité de la tension du marché du travail – un principe fragilisé par les conclusions de plusieurs études récentes.
Un tableau peu réaliste
Mais d’abord, comment définir cette pénurie de main-d’œuvre, dont l’indicateur remonte en flèche mais n’atteint pas aujourd’hui un niveau inédit en France ? Sa mesure repose sur le relevé des déclarations d’entreprises lors d’enquêtes de conjoncture, réalisées ex post par Pôle emploi et la Direction de l’animation, de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère du Travail, ou ex ante par France Stratégie quand elles traitent des difficultés de recrutement anticipées par les entreprises. Cette « pénurie » désigne alors la situation d’entreprises « contraintes dans leur production par l’absence de main-d’œuvre ».
La mesure traduit les tensions entre le nombre d’emplois vacants proposés par les employeurs et le nombre de personnes en recherche d’emploi pour un métier donné. Son analyse requiert de distinguer plusieurs dimensions : filières métiers, localisations et autres « facteurs observables » (qualifications recherchées, caractéristiques de l’entreprise, secteur d’activité, etc.).
Pourtant, le tableau globalisant d’une pénurie générale de main-d’œuvre n’est pas réaliste. Comme le soulignait France Stratégie dans un rapport publié en juin dernier :
« Dans la grande majorité des cas, les recrutements aboutissent : sur 3,2 millions d’offres d’emploi déposées à Pôle emploi en 2018, 2,9 millions ont été pourvues ».
Les offres abandonnées pour cause de recrutement difficile représentent en fait moins de 180 000 offres, soit 6 % du total Pôle emploi en 2022, même si la tendance est plus marquée dans les petites et moyennes entreprises (PME), dans le secteur privé de la santé (64 %), de l’action sociale (63 %), dans l’hébergement-restauration (47 %) et l’industrie agroalimentaire (46 %).
Des facteurs propres à chaque entreprise
France Stratégie souligne en outre que les « variables observables » traditionnellement avancées pour expliquer la…
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Auteur: Jérôme Coullaré, Doctorant en sciences de gestion, école doctorale de Paris, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

