Ca y est, le 10 septembre a eu lieu. L’Élysée n’a pas été transformée en crèche collective et Vincent Bolloré ne vit pas terré dans un bunker au Texas. Il s’est néanmoins passé quelque chose, beaucoup de choses même. Parmi toutes celles que nous avons reçu, nous avons sélectionnés les analyses qui nous apparaissent les plus pertinentes, y compris lorsque nous n’y adhérons pas totalement. Ces commandements en font partie.
Nous vivons l’histoire en pointillés. Il a fallu deux ans bercés d’illusions électorales pour finalement retrouver l’énergie du mouvement de 2023. Cette journée du 10 en est la digne suite, une émeute nocturne contre la réforme des retraites, mais de jour, ponctuée de rassemblements.
La forme en essaim du mouvement social a répondu à la lâcheté des centrales syndicales, qui ont éloigné d’une semaine leur mobilisation, pour être sûres de ne pas être débordées. La basse manœuvre de Macron n’a pas pris, couper une tête n’a pas désamorcé la colère. Quand les médias mettent deux jours à faire le compte des actions, rassemblement, cortèges et dégâts, quelque chose s’est réellement passé. Mais, au-delà de la joie des retrouvailles et la chaleur des barricades, un constat s’impose : rien n’a été bloqué.
Le « blocage » est à la base un terme ennemi. Ceux qui se souviennent de la lutte contre le CPE se rappellent que c’est le pouvoir qui a voulu distinguer la grève légitime – le droit individuel à ne pas travailler et à en payer le prix – et le blocage qui porte atteinte au « droit au travail » des autres. Faire du blocage une finalité est une impasse théorique qui s’est transformée le 10 en impasse pratique.
La grève est la possibilité de s’affranchir du travail. Elle n’existe que si le piquet tient, que si le travail lui-même est empêché. Faire un barrage humain sans préparation, ni sabotage du travail, tactique anachronique des…
Auteur: dev

