« Les comparutions immédiates : un broyeur de vies et de revendications »

Avocate, j’intervenais hier au Tribunal judiciaire de Créteil pour assister plusieurs (très) jeunes majeurs (entre 18 et 21 ans) en comparutions immédiates. 

Plus de 12 jeunes hommes, parfois encore au lycée, comparaissaient devant une salle comble de familles et de proches, tous désemparés.

Régime d’exception devenu la norme, les comparutions immédiates font beaucoup parler d’elles.

Une justice « à la chaine »

Il s’agit en effet d’une mesure terriblement expéditive.

La plupart du temps, une personne est interpellée et placée en garde à vue. Elle y reste quelques jours puis est déplacée au dépôt, une prison au sous-sol du Tribunal.

Les avocats arrivent le matin même. Chacun d’entre eux reçoit 4 ou 5 dossiers, et c’est énorme. Les enquêtes sont bâclées. On ne prend pas la peine de recueillir des témoignages clés, ni d’aller chercher un ADN ou de regarder le bornage téléphonique. Pas le temps. Pas le temps non plus pour les avocats de la défense de préparer leurs clients à ce qui les attend.

Il nous faut pourtant du temps pour aller les voir au dépôt, les rassurer, les préparer, leur expliquer leurs droits, les choix possibles et les risques. Il nous faut aussi du temps pour aller voir les proches, leur demander des documents, des garanties de représentation, les accompagner. La pression nous est mise pour être prêts pour l’audience, qui commence à 13h30. Les parloirs ne sont pourtant pas disponibles. Trop de monde. Tout se fait dans l’empressement. À 13h00, je n’ai eu le temps de voir que deux clients sur quatre.

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« Vous partez donc en prison pour avoir demandé un délai pour préparer votre défense. »

Chaque personne est ensuite jugée, son dossier parmi une dizaine d’autres.

Il est possible de demander un délai pour préparer sa…

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Auteur: Le Média