Vincent Gay : Tu as soutenu une thèse intitulée « Entreprendre et travailler autrement ? Représentations, pratiques et trajectoires d’engagements dans les coopératives de production à la CGT (1981-2023) ». Tu travailles donc sur une histoire contemporaine de l’engagement syndical de la CGT dans des projets de coopérative. Pourtant, l’histoire du mouvement coopératif est très ancienne dans le mouvement ouvrier. Comment alors expliquer historiquement ce rapport de la CGT aux coopératives ?
Willy Gibard : Ce n’est pas une période que j’ai étudiée dans ma thèse puisque je commence l’étude en 1981, mais effectivement l’avènement des premières associations ouvrières de production, ancêtre des Sociétés Coopératives et Participative (SCOP), est concomitante à l’émergence du mouvement ouvrier. Durant la deuxième moitié du XIXe siècle les militant.es sont souvent investi.es à la fois dans des coopératives de consommation ou de production, dans des caisses de secours mutuels et dans les partis ouvriers naissants comme le Parti Ouvrier Français.
La création de la CGT en 1895 va rassembler la plupart des militant.es les plus vindicatifs de l’époque qui se détournent un peu de la coopération. Dès lors, sitôt le début du XXe siècle, la CGT va détenir un réel ascendant sur le mouvement des coopératives de production dont leur nombre reste très mince (26 en 1900). Après la première guerre mondiale, la CGT s’écarte des idées anarcho-syndicalistes et acte la transformation de la société par une nationalisation des moyens de production. Sylvie Zaidman éclaire bien cet ascendant de la CGT sur le mouvement des coopératives de production durant cette période[1].
Par exemple, en 1923 une convention est signée entre la CGT et la chambre consultative des associations ouvrières de production (ancêtre de la Confédération Générale des SCOP) qui oblige les coopératives à respecter les conditions de la…
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