Les dépossédés. À propos de La Grande méthode de Louisa Yousfi 

Le dernier ouvrage de Louisa Yousfi se présente sous forme d’un roman, écrit à la première personne ; ce n’est pas un essai politique, pas plus qu’un ouvrage proprement philosophique, et c’est ce qui donne certainement à l’auteur plus de droits, plus de force pour évoquer des sujets si imposants. De quoi parle ce roman ? De deuil, de sentiment d’exil et d’appartenance, d’islam aussi c’est vrai, mais aussi à notre avis, de subjectivités modernes, de générations perdues et désespérément en quête de sens.

Un livre sur la modernité occidentale

« You feel alone ? You’re not alone. » 

(Fka Twigs eusexua)

Au moment de la mort de son père, s’abat sur la narratrice de la grande méthode une sorte de terrible conscience du vide. La figure paternelle semblait de son vivant porter un héritage filial, civilisationnel, théologique qui se révèle aux yeux de la protagoniste au moment même où il lui échappe. Ne reste chez elle qu’une impression mêlée de douleur, de culpabilité, de mélancolie, et cette certitude : la vie menée par elle et sa génération est scandaleusement vaine, indigne, il manque à cette existence quelque chose d’essentiel : « quelque chose à préserver au-delà de leur vie physique, individuelle, absurde ».

 Quelque chose de sacré en somme. Et ce n’est évidemment pas un hasard si ce roman sur la mort du père commence par un chapitre sur le nom des nouveau-nés. D’une manière ou d’une autre, on peut dire que le sacré a toujours à voir avec ce qui transcende notre existence terrestre, autrement dit l’héritage et la transmission. Ce qui nous lie aux morts et, bientôt, aux enfants.     

« Pour faire de toi un vivant, il a fallu beaucoup de morts » écrit Louisa Yousfi à l’enfant à qui l’on cherche à faire comprendre qu’il ne vient pas de nulle part. Une formule qui, de par elle-même, nous fait comprendre qu’à travers la vie reçue, notre…

La suite est à lire sur: www.contretemps.eu
Auteur: romain romain