Les deux visages de l’exploitation. À propos d’un livre d’Emmanuel Renault

Ulysse Lojkine, qui vient d’achever une thèse de philosophie sur la question de l’exploitation, discute le livre d’Emmanuel Renault, Abolir l’exploitation. Expériences, théories, stratégies, paru récemment aux éditions La Découverte (« L’horizon des possibles », 2023, 317 p).

Le livre d’Emmanuel Renault sur le concept politique d’exploitation a une double ambition. La première est synthétique. Il dresse ainsi le tableau des différentes fonctions du concept — « descriptive, évaluative, explicative et stratégique » (chap. 1, p. 27). Il rappelle comment le concept a émergé au sein des premières pensées socialistes, chez les babouvistes et plus encore chez les saint-simoniens, chez qui apparaît déjà avec une clarté remarquable l’idée d’une exploitation structurelle de l’homme par l’homme expliquée par les rapports de propriété, qui ne serait abolie que par une forme d’« association universelle » (chap. 3, p. 97-102). Cela lui permet ensuite d’introduire la théorie marxiste de l’exploitation, dans son versant historique, l’histoire des structures économiques fondamentales des sociétés en tant qu’histoire des modes d’exploitation (chapitre 4), et dans son versant contemporain et économique, les lois de l’exploitation capitaliste (chapitre 5). Enfin, il introduit la littérature féministe sur l’exploitation patriarcale et l’exploitation domestique en particulier (chapitre 6), donnant part égale aux approches qui tendent, dans le sillage de Christine Delphy, à isoler analytiquement l’exploitation patriarcale de l’exploitation capitaliste, et à celles comme Silvia Federici qui cherchent à établir un rapport causal entre les deux.

Ces différents usages de la notion, développés dans des corpus distincts, sont pour l’auteur tous fondamentalement compatibles avec un concept marxiste unifié d’exploitation du travail. Il ne s’agit cependant pas du concept marxiste…

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Auteur: redaction