Trier, économiser l’eau, manger végétal, baisser le chauffage… Pour Fanny, les actions écologiques du quotidien permettent de « prendre soin » : « Ils font partie de ces actes durant lesquels on s’applique à participer à notre échelle, sans prétention à changer le monde, si ce n’est celui qui construit notre paysage direct, écrit-elle en réponse à notre appel à témoignages. On fait son bois, son jardin, ses provisions, son compost, parce qu’il est si précieux de mettre du sens à nos actions. »
Mais vu l’ampleur de la crise écologique et l’impunité des criminels climatiques, ces écogestes ont la saveur de la défaite. « C’est vider l’océan avec une cuillère trouée », nous indique Ben.
C’est surtout le levier chéri par l’État pour s’éviter des transformations structurelles : enjoindre les citoyens à « bien » agir ne coûte pas grand-chose. Cette instrumentalisation des écogestes a détourné l’attention des vrais responsables du chaos climatique. Elle a « individualisé, voire invisibilisé la lutte collective et sociale pour l’environnement », témoigne par courriel Hugo, écologue.
Lobbies du pétrole et du plastique à la manœuvre
La construction d’un rapport de force avec l’État est donc urgente. Qu’on pense aux annonces en fin de publicité — « pensez au covoiturage » — ou aux spots vidéos et radios pour économiser l’énergie — « Je baisse, j’éteins, je décale » — une chose paraît ainsi certaine : la promotion des écogestes est devenue l’alpha et l’oméga des politiques environnementales.
Car il est bien plus simple de faire porter le chapeau aux individus qu’aux entreprises capitalistes. D’abord parce que « notre psychologie a tendance à surinvestir la dimension individuelle, parce qu’on est fait pour interagir avec des individus, pas avec un système abstrait », remarque la chercheuse Mélusine Boon-Falleur. « Au…
Auteur: Lorène Lavocat

