Vous venez de traduire et de publier Nous crachons sur Hegel, Écrits féministes de Carla Lonzi (NOUS). Ce recueil dont les textes ont été rédigés entre 1970 et 1972 est considéré par beaucoup comme incontournable pour la pensée féministe, pourtant, il n’avait jamais été traduit et publié dans son intégralité en français jusqu’à présent. Comment expliquez-vous ce paradoxe, une aura de « légende » dans les milieux féministes subversifs et un désintérêt de fait dans l’édition française ? Pourquoi l’avoir traduit et publié maintenant ?La situation éditoriale paradoxale des écrits de Carla Lonzi n’est pas vraiment le symptôme d’un désintérêt. Sa pensée a toujours constitué un repère décisif dans l’histoire du féminisme radical, en Italie et au-delà, malgré un accès compliqué à ses textes. Cela renvoie à la fois au positionnement de Carla Lonzi vis-à-vis de la culture, et aux trajectoires éditoriales parfois déconcertantes de certaines œuvres, qui ne dépendent pas seulement des aléas de l’édition.
Tout d’abord cela s’explique par le parcours de Carla Lonzi, fait de ruptures et de désaffections, en particulier à l’égard du monde de l’art, mais aussi plus généralement à l’égard de la « culture », qui était pour elle synonyme de « culture patriarcale » et dont elle se tenait le plus éloignée possible.
A la fin des années soixante, Carla Lonzi a été critique d’art puis curatrice, elle a eu un rôle influent dans le monde de l’art de l’époque, qu’elle a abandonné suite à sa rencontre avec le féminisme, auquel elle consacre sa vie à partir de 1970. Dès lors, elle se trouve prise dans une tension, une sorte de conflit intérieur, entre la nécessité d’exprimer et de transmettre une parole libre, autonome — donc forcément subversive — et la réalité du champ politique et culturel tels qu’ils sont. La création de la maison d’édition Scritti di Rivolta Femminile (indépendante mais dotée de moyens modestes, qui fait dès le début partie intégrante du groupe « Rivolta Femminile ») a été une tentative de réponse à cette tension, bien que ce geste ne soit pas indemne des contradictions auxquelles toute pratique féministe est confrontée au sein de la culture existante.
C’est par le livre de la philosophe Catherine Malabou, Le plaisir effacé, paru en 2020 et qui consacre un chapitre entier au texte « La femme clitoridienne et la femme vaginale », que nous nous sommes rendues compte que le livre Sputiamo su Hegel…
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Auteur: dev

