Comme plusieurs fois par semaine, Romane, psychologue, et Alassane, éducateur, arpentent les rues de Roubaix, ville la plus pauvre de France. Tous deux travaillent pour l’association de prévention spécialisée Horizon 9. Le binôme se dirige vers le quartier du Pile. En ce mois de février, le temps n’est pas au rendez-vous. Il pleut. Pas une « drache », comme on désigne ici une averse, seulement un crachin.
Des petites maisons mitoyennes en brique laissent place à plusieurs immeubles plus récents. La plupart sont des logements sociaux. La place, habituellement bondée, est désertée. Au bout de quelques minutes, Alassane hèle un jeune qui passe. « Hey ! Ça va ou quoi ? Tranquille ? Tu reviens de l’école là ? » Le gamin d’environ 14 ans le salue. Ils se connaissent depuis plusieurs années.
Beaucoup de jeunes refusaient de parler parce qu’on était dans un bureau. Ici, je gagne dix ans de prise en charge.
Romane
Cette interaction anodine pour beaucoup est essentielle au travail de rue. « Il est calme mais je veille à ce qu’il n’ait pas de mauvaises fréquentations, qu’il ne traîne pas trop dehors et qu’il continue d’aller à l’école », explique Alassane. L’idée est d’observer mais aussi de se faire voir. Une présence dans le quartier qui permet de se rendre identifiable auprès des jeunes et des familles. Dans une rue adjacente, trois femmes s’affairent à décharger une machine à laver. « Salut Alassane ! », lance l’une d’elles. Les deux collègues finiront par l’aider à porter la machine à laver chez elle.
Romane, elle, travaille chez Horizon 9 depuis deux ans. « Avant je travaillais au CMP [centre médico-psychologique] et beaucoup de jeunes refusaient de parler parce qu’on était dans un bureau. Ici, je gagne dix ans de prise en charge, les gamins ont déjà confiance en l’éducateur », raconte la…
Auteur: Élise Leclercq

