Seix et Aleu (Ariège), reportage
« La situation est catastrophique. Je viens ici depuis vingt-deux ans et je n’avais jamais vu cela. » Près de la cabane de Subéra, dans les Pyrénées ariégeoises, environ 130 bovins errent sur des prairies jaunies par le soleil, à la recherche d’herbe fraîche. Bâton à la main, Gilles Hulpusch surveille son troupeau sur les pentes abruptes du Haut-Couserans.
Située dans un cirque à 1 500 m d’altitude, la cabane est surplombée par une source où l’eau jaillit encore de la montagne. « On a réalisé un captage ici il y a quelques années. Cela permet d’alimenter les cuves pour les vaches, qui boivent près de 3 m3 d’eau par jour », raconte Gilles Hulpusch. « C’est la dernière source visible ici, et ce serait la catastrophe si elle s’asséchait. Quand il pleut, on peut normalement voir jusqu’à treize ruisseaux dévaler les pentes », indique-t-il, inquiet.
L’herbe se fait de plus en plus rare dans ces montagnes lourdement touchées par les épisodes caniculaires et les sécheresses. La bruyère revêt une couleur orangée, brûlée par le soleil, et seuls quelques genévriers sont encore un peu verts, parmi les étendues d’herbes jaunies.
Les 130 vaches, en semi-liberté, peuvent pourtant parcourir près de 550 hectares sur cette estive durant l’été, à la recherche d’herbe et de nourriture. « Sur cette surface, on a environ les deux tiers de la ressource qui sont asséchés. La situation est de plus en plus critique pour les bêtes », souligne le vacher, qui lance du gros sel sur des rochers en guise de complément alimentaire.
Des gasconnes et quelques normandes s’empressent de le suivre pour lécher allègrement la surface salée de ces pierres. « Adidas, Souris ! » lance-t-il à deux d’entre elles pour les inviter au déjeuner. « Il y en a seulement quelques-unes à qui j’ai donné un nom, ce sont mes préférées », glisse-t-il alors…
Auteur: Antoine Berlioz, Justin Carrette
