Plus de 460 millions d’enfants vivent aujourd’hui dans des zones de conflits, selon les estimations de l’Unicef. De l’Ukraine à Gaza, leurs images défilent sur Internet et dans les journaux télévisés. Mais au-delà des discours tenus pas les adultes, comment entendre leur voix et saisir la diversité de leurs vécus ? Comment l’histoire peut-elle nous aider à prendre du recul sur l’actualité ? Entretien avec Manon Pignot, co-directrice de l’ouvrage Enfants en guerre, guerre à l’enfance ?, publié en octobre 2024 aux éditions Anamosa et qui accompagne l’exposition du même nom organisée par la Contemporaine en 2024-2025.
Est-ce une caractéristique des conflits contemporains que de mener une « guerre à l’enfance » ?
Les enfants sont victimes des guerres depuis qu’elles existent, ce n’est pas une spécificité du XXe siècle. Mais, à partir de la Grande Guerre, les civils deviennent des cibles à part entière. Des villes sont par exemple bombardées sans but militaire explicite mais dans l’objectif d’atteindre le moral des troupes. Cela va de pair avec l’idée d’une guerre totalisante où chacun aurait un rôle à jouer dans l’effort de guerre : on considère – et c’est l’autre nouveauté – que l’engagement des combattants doit être soutenu par les efforts des civils, enfants inclus.
Quelle forme cette mobilisation des enfants en temps de guerre prend-elle ?
Coll. La contemporaine, F 556
Cette mobilisation est plurielle. Pendant la Première Guerre mondiale, dans tous les pays belligérants, on assiste au développement d’une propagande adressée aux enfants, invités à œuvrer pour la victoire à leur niveau, en travaillant bien à l’école, en aidant leurs mères à la maison ou encore en se…
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Auteur: Manon Pignot, Maîtresse de conférences en histoire contemporaine, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)

