Dans le débat démocratique, il est normal que les tenants de positions politiques différentes expriment leurs divergences avec une certaine virulence. Mais les États-Unis ont dépassé ce stade depuis longtemps. Le pays est en proie à une profonde « polarisation affective », c’est-à-dire que les deux grands camps politiques se considèrent non plus comme des adversaires qui méritent le respect, mais comme des ennemis. Charlie Kirk, qui avait de son vivant largement participé à ce processus, a été la victime de ce contexte délétère – un contexte que l’instrumentalisation de son assassinat par Donald Trump et ses partisans dégrade chaque jour un peu plus.
Le 10 septembre 2025, Charlie Kirk, activiste conservateur et fondateur de l’organisation Turning Point USA, est mort assassiné alors qu’il s’exprimait lors d’un débat en plein air à l’Université de l’Utah Valley.
Cette disparition brutale ne saurait être interprétée uniquement comme un fait divers tragique. Elle s’inscrit dans un moment politique particulier où chaque acte violent est immédiatement instrumentalisé et réinscrit dans une guerre culturelle qui structure l’espace public américain et le polarise davantage.
Dès les premières heures, Donald Trump a publiquement accusé ce qu’il appelle « la gauche radicale » d’avoir créé un climat de haine propice à ce type de passage à l’acte.
Cette assertion a été reprise par le vice-président J. D. Vance qui a dénoncé, lors de l’émission The Charlie Kirk Show jusqu’ici animée par le défunt et dont il a exceptionnellement pris les rênes cinq jours après l’assassinat, « l’extrémisme de gauche incroyablement destructeur qui s’est développé au cours des dernières années et qui […] fait partie de la raison pour laquelle Charlie a été tué », soulignant que l’unité nationale est impossible avec ceux qui célèbrent le meurtre et appelant à la dénonciation de…
Auteur: Frédérique Sandretto, Adjunct assistant professor, Sciences Po
