« Vous êtes les prochains », a déclaré un historien russe que j’ai interviewé en 1993 à propos de l’effondrement de l’Union soviétique qui a eu lieu fin 1991. J’étais un étudiant américain à Saint-Pétersbourg, et il faisait référence aux États-Unis.
Son raisonnement s’appuyait sur une théorie démographique pseudoscientifique qui finirait par trouver grâce aux yeux du Kremlin, mais ce qui m’a le plus frappé à l’époque, c’est l’espoir avec lequel il s’exprimait.
(AP Photo/Boris Yurchenko)
Si cet homme est toujours en vie, il doit penser que l’avenir lui a donné raison. Le retrait actuel des États-Unis de leurs engagements dans le monde — du démantèlement de l’USAid à l’abandon des alliés européens — constitue une renonciation comparable, dans l’histoire récente, aux retraits unilatéraux de Mikhaïl Gorbatchev d’Afghanistan, d’Europe de l’Est et d’autres pays de 1988 à 1991, juste avant l’effondrement de l’Union soviétique.
Ces deux volte-face en matière de politique étrangère s’accompagnent de profonds changements dans les fondements idéologiques des pays concernés.
Les signifiants-maîtres fragilisés
Gorbatchev a justifié sa « restructuration », ouperestroïka, en invoquant le père fondateur de l’Union soviétique, Lénine. Il l’a fait en soulignant que le Lénine historique avait modifié ses politiques de manière pragmatique en fonction des circonstances. Cette approche remettait en question le Lénine mythologique, héros infaillible dont les vertus ne pouvaient être contestées.
Alexei Yurchak, anthropologue américain d’origine russe, affirme que Lénine était le
Auteur: James Krapfl, Associate Professor of History, McGill University

