Marianne est aussi noire. Luttes occultées pour l’égalité, Silyane Larcher et Félix Germain (dir.), Seuil, coll. « La couleur des idées », 416 pages, 26,50 euros.
Depuis le terrible passage du cyclone Chido, on parle de Mayotte – même si l’île faisait déjà parler d’elle en raison des arrivées massives de ressortissants de l’archipel voisin des Comores, l’une des dernières colonies françaises à avoir accédé à l’indépendance, en 1975. Dictature islamiste violente et corrompue, extrêmement pauvre, les Comores maintiennent une organisation politique locale fondée sur les droits coutumier et musulman, avec des conseils composés par les anciens des villages.
Mayotte, lors du référendum sur l’indépendance organisé en 1975, fut la seule île à vouloir rester française, l’ancienne puissance coloniale étant évidemment ravie de conserver un territoire dans le détroit du Mozambique. Mais la caractéristique de l’issue de ce référendum est que celle-ci fut pour une grande part la conséquence d’un mouvement de femmes mahoraises, les Chatouilleuses, qui militaient depuis les années 1960 pour demeurer françaises.
Ce mouvement, a priori paradoxal car semblant vouloir faire perdurer la situation coloniale, exprimait en fait le refus de l’inféodation de Mayotte aux autres îles des Comores, qui signifiait, selon lui, un « retour à l’ordre précolonial ».
C’est là un exemple assez unique « d’un idéal féministe bien différent des positions anticoloniales et des inclinaisons panafricaines de mouvements féminins formés dans les années 1960 », comme le souligne Mamaye Idriss, historienne à l’université de Mayotte. Et celle-ci de poursuivre : « Isolées sur la scène internationale, [ces femmes] disposent…
Auteur: Olivier Doubre

