Reporterre vous propose chaque samedi du mois d’août une nouvelle de science-fiction inédite. Nous avons donné carte blanche à des autrices et auteurs pour écrire des textes qui nous transportent vers des futurs écologiques désirables. Le récit du jour est signé Sylvie Lainé, autrice de SF multiprimée, notamment pour ses romans Les Yeux d’Elsa (2005) et L’Opéra de Shaya (2014). Bonne lecture.
Ce matin encore, le mulot gris est derrière la porte-fenêtre, sur les dernières dalles de la terrasse, là où commencent les herbes folles et les vivaces, et les graminées soyeuses. Il regarde la maison, et ne recule pas quand Emma s’approche derrière la vitre pour l’observer. Quand elle fait doucement glisser le battant, il la regarde toujours et c’est à peine s’il bouge, pendant quelques longues secondes, il penche juste un peu la tête sur le côté, elle jurerait qu’il lui a fait un clin d’œil. Puis, soudain, il saute dans les buissons et disparaît.
Mais maintenant Emma se sent une âme d’expérimentatrice. Voilà des jours que l’humaine et le petit rongeur s’apprivoisent de loin, par le regard. Il est temps de passer à autre chose.
Elle va chercher dans le garage la gamelle du chien — il n’y a plus de chien depuis longtemps ici, le dernier est mort de vieillesse il y a huit ans. Mais la gamelle en plastique bleu ciel est toujours là. Qu’est-ce qu’on peut mettre dedans ? Des épluchures prêtes pour le compost ? Des pâtes crues ? Un reste de pain rassis, ça devrait faire l’affaire. Elle va poser la gamelle au milieu de la terrasse, à 2 mètres de la baie vitrée.
Pendant l’après-midi, entre deux activités ménagères, elle jette des regards furtifs. Il ne revient pas.
Au matin, elle va voir l’état de la gamelle. Le pain est intact, mais le bord de l’assiette est tout émietté, déchiqueté sur au moins 3 centimètres. Comment a-t-elle pu ne pas s’en apercevoir hier ? Le plastique avait-il…
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Auteur: Sylvie Lainé

