Reporterre vous propose chaque samedi du mois d’août une nouvelle de science-fiction inédite. Nous avons donné carte blanche à des autrices et auteurs pour écrire des textes qui nous transportent vers des futurs écologiques désirables. Aujourd’hui, c’est Corinne Morel Darleux, qui ouvre le bal. Bonne lecture.
Nous avions dû partir deux jours avant pour arriver à temps et la route n’avait pas été une partie de plaisir, mais enfin j’étais là, le cœur battant, devant l’abridôme qui hébergeait la Convention.
J’avais quinze ans et c’était la première fois que j’allais y assister. Une immense banderole « Tulpa is the new IA » flottait sur le fronton. Le vaste hall était bordé de fanions colorés, les rues étaient bondées. Devant moi, le dôme jouxtait une ancienne gare routière, jonchée d’épaves de cars. Il y avait du monde partout sur les trottoirs. À cette saison, la chaussée était interdite à la circulation : de longs rubans verts parcouraient la ville, couverts de fraisiers en fleurs, de premières pousses de patates et de bouquets de soucis orange vif. Cette vue me redonna un peu d’assurance. J’avais grandi dans une communauté rurale autonome et je ne venais en ville qu’une fois par an, la foule qui m’entourait me donnait le vertige.
Alors que je m’apprêtais à emprunter la passerelle en bois pour traverser, un homme me bouscula. Le visage fermé, brun, la barbe naissante, il devait avoir la trentaine. Je restai interloquée en découvrant qu’il portait une vieille pochette en cuir sous le bras. Il grommela et marcha droit jusqu’au dôme en fendant la foule. Je n’en revenais pas. Il n’allait quand même pas… Mais si, je le vis sortir un badge à l’entrée et s’engouffrer dans la Convention, avec sa serviette en cuir, en ignorant les regards furibonds.
Je rejoignis à mon tour le dôme, avec toutefois plus de difficultés. La foule était compacte et nous prenions nous-mêmes…
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Auteur: Corinne Morel Darleux

