Du 29 janvier au 2 février 2025 a lieu la 32e édition du festival international du film fantastique de Gérardmer qui, cette année, met à l’honneur le réalisateur Ti West, mais aussi les productions horrifiques vietnamiennes. De nombreux films de la sélection relèvent d’une catégorie horrifique particulière, le cinéma de spectre. Focus.
Le festival a célébré quelques chefs-d’œuvre du cinéma de spectre en les honorant de nombreux prix. Dark Water (Hideo Nakata, 2002), La Maison des ombres (Nick Murphy, 2011), ou encore It Follows (David Robert Mitchell, 2014) et Mister Babadook (Jennifer Kent, 2014) – parmi d’autres – ont marqué Gerardmer et le cinéma d’épouvante. Or, ces quatre films possèdent la spécificité de se démarquer du traditionnel film de fantôme. Notons tout d’abord que la définition d’un genre culturel est essentiellement une question de terme. Dans l’un des ouvrages qu’il a consacrés au sujet, l’historien de la littérature Joël Malrieu avait démontré que la notion de « fantastique » était à la base une construction publicitaire datant des années 1820 pour faire vendre, en France, les écrits d’E.T.A Hoffmann en opposition à la littérature « gothique » anglaise – alors que rien ne séparait fondamentalement ses fictions de ceux d’une Mary Shelley dont Frankenstein venait de paraître. Pourtant, nous employons toujours le terme aujourd’hui pour parler d’une littérature et d’un cinéma « fantastiques » qui seraient différents de l’horreur.
Plus qu’une notion, un type de peur
Ce qui importe, ce ne sont donc pas vraiment les catégories cinématographiques, mais les peurs que les films mettent en scène. Le philosophe Éric Dufour, dans un ouvrage consacré au cinéma d’horreur, a notamment relevé que le fantastique est affaire de monstruosité en hors-champs – le monstre n’est jamais révélé aux spectateurs, qui se demandent alors si les…
Auteur: Jean-Baptiste Carobolante, Professeur d’histoire et théorie de l’art, ESA / École Supérieure d’Art / Dunkerque – Tourcoing

