Veuillez trouver ci-dessous quatre petits contes d’horreur capitaliste.
Les fournitures
Un jeudi matin, sans que rien dans les événements récents n’ait pu le laisser présager, Simon Simmel traversa l’open space, se dirigea vers l’armoire à fournitures, s’assit à l’intérieur et tira doucement la porte sur ses jambes repliées. Le changement fut brusque et sans retour. Les collègues présents se regardèrent, mais ne trouvèrent rien à redire. Non seulement il n’enfreignait aucune règle explicite, mais, en plus de cela, ni son rendement ni la qualité de son expertise n’eurent à pâtir de ce changement de destination de l’armoire en espace de travail. On pouvait encore lui glisser le courrier et les données à étudier par les fentes de la porte métallique du meuble. En fin d’après-midi, Simon attendait désormais que tout le monde soit parti pour sortir de l’armoire, et il était déjà là le matin quand on arrivait, de telle sorte qu’on aurait pu croire qu’il ne quittait pas son poste. Quand un employé pressé, oubliant que son collègue s’y était installé, ouvrait négligemment l’armoire pour y chercher du ruban adhésif, des agrafes ou une recharge d’encre, Simon devait se contorsionner davantage pour s’effacer devant la main brusque qui surgissait et libérer l’accès aux fournitures. Mais la surprise d’avoir à tomber sur un homme dans l’armoire à fournitures s’estompa rapidement. À force d’habitude, le corps de Simon s’était admirablement plié à l’espace exigu, et on ne prêta bientôt plus attention à sa présence. Quand les employés commencèrent furtivement à s’essuyer les mains sur sa chemise et à utiliser les diverses parties de Simon pour leurs menus besoins pratiques, il sentit qu’il avait franchi un cap dans sa carrière.
Les bêtes
Malgré la fatigue, Estelle Ronçay avait dû prendre la route après le travail, pour se rendre dans une ville éloignée…
Auteur: dev

