Les Français accepteraient dorénavant plus de chômage pour moins d’inflation

Lancée dans les années 1960 par les économistes américains Robert Solow et Paul Samuelson, l’idée d’un possible arbitrage entre inflation et chômage orchestré par les pouvoirs publics s’est immédiatement imposée dans la littérature économique et dans la pratique politique. Dans cette optique, une demande globale boostée par la politique budgétaire peut faire diminuer le chômage. En retour, cette baisse du chômage génère des tensions sur le marché du travail conduisant à une hausse des salaires et des prix.

La relation inverse entre chômage et inflation est connue sous le nom de « courbe de Phillips ». Avec une inflation aux abonnés absents depuis trois décennies, les économistes avaient de facto abandonné le concept, même si on s’y référait de temps à l’autre. Aujourd’hui, l’inflation massive est de retour et la question de sacrifier la croissance pour faire reculer l’inflation se pose à nouveau.

Lors d’un discours important prononcé fin août 2022, Isabel Schnabel, membre du comité des directeurs de la Banque centrale européenne (BCE), indiquait que l’institution était décidée à contenir l’inflation fusse au risque de dégrader le marché du travail. Au Royaume-Uni, l’éphémère première ministre Liz Truss semblait de son côté tentée, au contraire, de relancer la croissance plutôt que défendre la stabilité des prix, avant de faire machine arrière sous la pression du marché obligataire.




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Figure 1.
Auteurs, données Eurostat

La Figure 1 présente le taux de chômage et le taux d’inflation, tels qu’enregistrés au 31 août 2022 pour 31 pays d’Europe pour lesquels Eurostat publie des données. Le nuage de points révèle des similarités et des différences. Tous les pays présentent des taux d’inflation supérieurs à 2 %, avec certains où l’inflation est forte (entre 5 % et 10 %) et d’autres où l’inflation est très forte (supérieure à 10 %).

Ces différences tiennent pour beaucoup à la dépendance des pays aux importations de pétrole et gaz russe mais aussi aux politiques de régulation des prix de l’énergie que certains gouvernements ont mis en place pour limiter la hausse des prix.

Nuisances macroéconomiques

Le fonctionnement du marché du travail constitue un autre facteur explicatif. Dans certains pays, les revenus sont indexés officiellement ou officieusement sur l’inflation alors que ce n’est pas le cas dans d’autres pays. En France, le salaire minimum est par exemple indexé mais pas les autres salaires. Le poids des syndicats et la nature des négociations collectives (niveau de l’entreprise, de la branche ou nationales) constituent un autre facteur déterminant des hausses salariales et d’un…

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Auteur: Marc Guyot, Professeur d’économie, ESSEC

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