Le 15 avril, Olivier Nora, PDG des éditions Grasset, propriété de Vincent Bolloré, a été limogé. Cette décision a provoqué la prise de conscience d’une centaine d’auteurs : leurs idées et leurs œuvres sont, depuis trois ans, la propriété de Vincent Bolloré. Et donc au service de son idéologie. Un pas de plus doit être fait : cette situation est une conséquence prévisible de la concentration qui, en France, fait d’un quarteron de patrons les maîtres de l’édition française.
En 2007, Le Figaro offrait une série estivale sur les « grands éditeurs ». Ouverte avec Claude Durand (1938-2025), la définition qu’il y donnait de lui-même donnait en même temps une définition de son engeance : « Je suis un mercenaire, quelqu’un qui se vend mais qui est libre. » La série comptait aussi Olivier Nora.
Chez Hachette, Olivier Nora est ce qu’on doit appeler un « éditeur maison », pas seulement parce que son père, Simon Nora, fut directeur du groupe à la fin des années 1970. Après avoir fait ses classes au Bureau du livre français à New York au début des années 1990, Olivier Nora est nommé, en 1996, directeur général de Calmann-Lévy (propriété d’Hachette à 84 %), avant de recevoir la direction de Grasset en 2000, qui ne lui est pas reprise lorsqu’il succède à Claude Durand, deux ans après, à la direction de Fayard – où il est resté jusqu’en novembre 2013, quand il cède la place à Sophie de Closets, qui y restera jusqu’à sa nomination à la tête de Flammarion en juillet 2022. (Ce genre de ballet est emblématique de la population de PDG qu’emploient indifféremment les quatre principaux groupes éditoriaux français.)
Quand on lui demande quel est, selon lui, l’« âge d’or de la maison Grasset », le bon élève Olivier Nora mentionne la période 1910-1930, « particulièrement fertile », puis la « grande aventure de la littérature féminine à…
Auteur: Thierry Discepolo

