Baïkonour et Kyzylorda (Kazakhstan), reportage
Kamila Bouïnevitch n’a pas oublié ce 2 juillet 2013 à Baïkonour, enclave russe au Kazakhstan, située à quelques kilomètres de l’entrée du cosmodrome mythique de la conquête spatiale soviétique, aujourd’hui propriété de la Russie. « Je marchais dans la rue, j’étais enceinte. Et ce nuage rouge s’est approché de la ville », raconte la journaliste kazakhe. Ce jour-là, une fusée Proton-M, fleuron de l’industrie spatiale russe depuis les années 1960, a explosé quelques secondes après son décollage du cosmodrome, qui s’étend sur près de 7 000 km² au beau milieu de la steppe kazakhe.
Son carburant s’est déversé massivement dans l’air et sur le sol. Environ 170 tonnes de diméthylhydrazine asymétrique — abrégée en UDMH ou plus communément appelé « heptyle » — et 450 tonnes de tétroxyde d’azote (deux substances qui s’enflamment au simple contact l’une de l’autre) étaient contenues dans le lanceur russe. À ce jour, il s’agit du plus grave accident écologique de l’industrie spatiale russe.
Le lendemain, la concentration en heptyle dans le sol, aux alentours du lieu de l’accident, dépassait de 8 900 fois la teneur maximale admissible. Type de carburant abandonné par les États-Unis et les pays européens depuis des décennies du fait de ses propriétés cancérigènes, l’UDMH n’est aujourd’hui utilisée que par la Chine et la Russie pour alimenter certaines de leurs fusées.
À l’effondrement de l’URSS, la Russie a conservé la main sur le cosmodrome de Baïkonour, qu’elle loue au Kazakhstan pour 115 millions de dollars (environ 99 millions d’euros) par an jusqu’en 2050, et d’où décollent les fusées Proton qui brûlent toujours ce carburant bon marché.
Capable de rester des mois dans les réservoirs sans s’altérer, il avait été surnommé le « venin du diable » par les scientifiques soviétiques,…
Auteur: Emma Collet

