Complexe forestier Taï-Grebo-Sapo (Libéria et Côte d’Ivoire), reportage
Les derniers rayons du soleil peinent à percer l’épaisse canopée des forêts primaires du sud-est du Libéria. Les plus téméraires s’échouent dans la fumée du camp de base du parc national de Sapo. C’est bientôt l’heure du repas pour Cia Kombou, écogarde, et les membres de sa patrouille exclusivement féminine. Si la composition de cette équipe mérite d’être soulignée, c’est que les femmes sont aujourd’hui au cœur de nouvelles méthodes de conservation des grandes forêts tropicales primaires sur plusieurs continents.
Avec ses plus de 5 000 km² de forêts à cheval sur le Libéria et la Côte d’Ivoire, Taï-Grebo-Sapo fait figure d’exception dans la préservation des forêts primaires d’Afrique de l’Ouest, alors que la Côte d’Ivoire a perdu presque toutes ses forêts en un demi-siècle et que le Libéria pourrait bientôt vivre le même drame.
De part et d’autre de la frontière, les ONG locales et internationales misent sur les femmes des communautés riveraines pour protéger ces forêts primaires. Elles sont recrutées comme écoguides, écogardes et relais communautaires.
Santé économique et santé de la forêt
Selon ces organismes, la santé économique d’un village reflète celle de la forêt. Plus concrètement : si un foyer dispose de ce dont il a besoin, il n’a pas à puiser dans la forêt. Dans cette équation, les femmes s’avéreraient souvent plus efficaces.
« C’est parce que les hommes, eux, vont au maquis [bar] », plaisante à demi-mot l’une des écogardes de la patrouille. Derrière cette remarque d’apparence légère, se cache une certaine réalité confirmée par plusieurs ONG de terrain et chercheurs pour qui augmenter la part du revenu monétaire détenue par les femmes accroît la part du budget consacrée à l’alimentation et réduit celle de l’alcool et des cigarettes.
Une…
Auteur: Paul Lemaire, Youenn Gourlay

