Le « vote » des gorilles : une décision partagée
Pour ces gorilles, dont l’existence repose sur un régime riche en fruits et nécessite une connaissance fine et précise de leur habitat, le déplacement est une affaire sérieuse. Ce n’est pourtant pas le mâle dominant, le légendaire « dos argenté », qui tranche seul sur la direction à prendre. Bien qu’il soit le protecteur incontesté du groupe, dont la stature imposante de 160 kilos lui confère autorité et respect, il doit aussi tenir compte des préférences de ses congénères. D’après les observations de Nellissen et de son équipe dans l’aire protégée de Dzanga Sangha, en République centrafricaine, les gorilles vocalisent de manière spécifique avant tout déplacement important. Ces grognements, loin d’être de simples bruits, jouent un rôle crucial : ils permettent aux membres du groupe d’émettre leur avis, à la manière d’un vote
Un consensus vocal : la démocratie des primates
Pendant les cinq minutes qui précèdent le départ, les vocalisations augmentent de manière significative, signe d’une intense concertation collective. « Il est plausible que ces grognements fonctionnent comme des votes sur un projet commun », expliquent les chercheurs. Ce comportement, déjà observé chez d’autres animaux sociaux comme les suricates ou les macaques, laisse penser que les gorilles sont également dotés d’une forme de régulation sociale complexe, où l’opinion collective prime sur la hiérarchie.

Les chercheurs ont en effet constaté que, même si tous les adultes initient parfois un départ en s’éloignant du groupe, la probabilité que celui-ci suive augmente nettement lorsque les grognements se multiplient. Ainsi, plus le nombre de gorilles exprimant leur « avis » est élevé, plus il est probable que le groupe se mette en mouvement, un phénomène qui rappelle un système de « quorum » : une fois qu’un nombre seuil d’individus a…
Auteur: La Relève et La Peste

