Les grèves en France : un impact limité sur l’économie depuis 50 ans

Le 19 janvier dernier, entre 1,12 et 2 millions de Français ont manifesté sur tout le territoire contre le projet de réforme des retraites du gouvernement et une nouvelle journée d’action est prévue le mardi 31 janvier. Ces grèves auront-elles des répercussions sur l’économie en général et les entreprises en particulier dans un contexte déjà marqué par une inflation élevée et une croissance en berne ?

Dans une perspective historique, la recherche montre que, si l’économie peut enregistrer des pertes à court terme, les grèves nuisent peu à la croissance à long terme.

Déjà, il faut noter que le nombre de jours de grèves pour 1 000 salariés a drastiquement diminué depuis 1970 et que la croissance a connu des trajectoires bien distinctes, comme l’illustrent les figures ci-dessous :

Au global, l’impact économique des grèves reste donc le plus souvent circonscrit à la période de mobilisation et les pertes enregistrées sont généralement vite compensées les mois suivants. D’un point de vue macro-économique, l’impact va en réalité dépendre de l’ampleur et de la durée des conflits.

À titre illustratif, l’impact des grèves de novembre 1995 contre le plan Juppé et sa réforme des retraites a été inférieur à 0,2 point de perte de croissance du PIB au niveau national sur le quatrième trimestre de l’année alors que le mouvement social a duré trois semaines.

Quant au mouvement social de novembre 2007 contre la réforme des régimes spéciaux de retraite, il a mobilisé davantage de personnes qu’en 1995 mais n’a duré que 10 jours, engendrant un recul d’environ 0,2 point de PIB totalement compensé par la suite.

Autrement dit, si l’on constate un recul de la consommation des ménages et un ralentissement de l’activité de certaines entreprises au moment de la grève, cet effet n’est pas durable dans le temps.

Les investisseurs étrangers toujours aussi présents

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les mouvements sociaux ne nuisent en outre que très peu à l’attractivité de la France aux yeux des investisseurs étrangers. L’observation simultanée de l’évolution des grèves et des flux d’IDE entrants (investissements directs étrangers) sur de longues périodes montre que les montants ne sont pas proportionnément plus faibles que ceux observés dans des pays dix ou vingt fois moins enclins à la grève comme l’Allemagne ou l’Espagne.

Par exemple, la forte mobilisation de 2010 contre la réforme des retraites portée par Éric Woerth qui avait conduit plus d’un million de personnes dans la rue ne s’est pas traduite par un recul durable de l’investissement étranger en France, comme en témoignent les chiffres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) : les flux entrants d’investissements étrangers s’élevaient à environ 14 milliards de dollars en 2010 pour atteindre près de 32 milliards l’année suivante et 34 milliards en 2012.

En revanche, les effets des grèves se ressentent plus fortement au niveau des entreprises qui peuvent subir des pertes sèches lorsque ces grèves les concernent directement, comme c’est le cas parfois dans l’industrie et le transport. Mais qu’en est-il exactement ? Quelles sont les répercussions des grèves sur les entreprises, notamment sur leurs résultats économiques ?

Les entreprises fragilisées

Les grèves peuvent fragiliser les performances économiques des entreprises de plusieurs façons. Tout d’abord, les grèves entraînent directement des perturbations dans les entreprises qui y sont confrontées. En effet, les cessations concertées du travail par les salariés d’une entreprise ont des répercussions directes sur sa production et par conséquent sur ses résultats économiques. Les entreprises du transport, par exemple, subissent régulièrement des mouvements de grèves qui affectent directement leurs résultats économiques. En octobre 2018, par exemple, les grèves qui ont touché les secteurs du rail et de l’aérien, ont réduit de presque 2 % le volume de la production marchande de transport et notamment le transport de voyageurs (-6,5 %).

Plus spécifiquement, les 15 jours de grève à Air France ont coûté près de 335 millions d’euros à la compagnie aérienne. Par ailleurs, les grèves peuvent également perturber certaines infrastructures comme les dépôts de…

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Auteur: Patrice Laroche, Professeur des Universités en sciences de gestion, IAE Nancy School of management

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