Une équipe de 18 chercheur·es a étudié l’évolution de l’influence humaine sur l’environnement au cours des 12 000 dernières années. A l’opposé d’une vision très répandue d’une crise écologique qui serait due à l’emprise grandissante des humains sur des milieux vus comme « naturels » ou « vierges », leur travail montre que depuis des millénaires, une majeure partie de la surface terrestre a été façonnée par les différents collectifs qui y vivaient. Ces environnements, bel et bien « anthropisés », l’étaient de manière durable : ce n’est que récemment, durant les deux à trois derniers siècles en particulier, que de plus en plus de ces espaces ont été appropriés, colonisés et modifiés de manière intensive voire destructive. Les chercheur·es appellent ainsi à mieux connaître, écouter et protéger les peuples autochtones, derniers représentants menacés de ces modes de vie réellement écologiques. Un article de Loïc Giaccone.
Cette étude vient s’ajouter à la liste des nombreux travaux qui remettent en question le concept d’origine anglo-saxonne de wilderness. La wilderness, ce serait ces grands espaces naturels vierges, où les écosystèmes ont évolué par eux-mêmes pendant des millénaires, indépendamment de l’influence humaine, et où la faune et la flore sont abondantes.
Cette vision d’un « éden sauvage » a émergé en Amérique du nord au cours du XIXᵉ siècle, notamment grâce aux écrits de célèbres auteurs comme John Muir. En Europe, cela s’est traduit plus tardivement, dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, par le concept de « naturalité ».
La wilderness s’inscrit dans un mode de représentation du monde, une ontologie, que l’anthropologue Philippe Descola a nommé « naturalisme » dans son ouvrage de référence Par-delà nature et culture.
Le naturalisme, développé au sein de la société occidentale, produit une frontière entre les humains d’un côté, la « culture », et tout ce qui serait non-humain de l’autre, la « nature ». Cela fait dire au célèbre anthropologue que « la nature, ça n’existe pas ».
Celle-ci ne serait qu’un concept créé par un certain mode de pensée mettant à l’écart tout ce qui n’est pas humain. Cette conception n’a pas de sens pour d’autres ontologies, comme celle des peuples animistes : pour eux, les non-humains peuvent avoir une « intériorité », une âme en quelque sorte, et ils peuvent les considérer comme des partenaires…
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Auteur: La Relève et La Peste

