Au sud d’Orléans, Fleury Michon possède un élevage où naissent six mille porcelets par an. À la ferme, des ouvriers agricoles dirigés par des agromanagers en col blanc font les travaux des champs. Ce nouveau type d’exploitation agricole signifie la disparition du savoir-faire et de l’authenticité du métier agricole. Le paysan se transforme en exécutant au service d’un groupe industriel.
Cet exemple n’est pas isolé. Enseignes de la grande distribution, leaders de l’agroalimentaire, du secteur pharmaceutique ou du secteur cosmétique : ils sont de plus en plus nombreux à convoiter le patrimoine agricole. Leur objectif : maîtriser de A à Z la chaîne de valeur. Ayant bâti leur réputation à l’origine dans le commerce, ces entreprises font du contrôle de l’activité agricole un élément clé de leur stratégie. Et une logique d’accaparement des terres se met en place.
Posséder la terre présente trois atouts majeurs. D’abord, l’industriel assure lui-même son approvisionnement sans passer par les autres producteurs. Ensuite, ce contrôle direct des matières premières apporte plus de flexibilité pour répondre aux attentes changeantes du consommateur. Enfin, l’exploitation directe lui permet de se passer d’intermédiaires coûteux : agriculteurs, coopératives, négociants, etc.
160 000 exploitations devront trouver un successeur dans les trois prochaines années, et ce changement de main massif risque de profiter aux industriels. © Pierre-Olivier Chaput / Reporterre
Les industriels étaient déjà souvent accusés de faire la pluie et le beau temps en matière de prix. Mais un autre glissement s’opère, un saut de plus dans l’histoire de l’industrialisation de l’agriculture. À l’image d’autres secteurs de l’économie, il en découle une concentration des sociétés sans précédent. On avait déjà vu le remplacement de la supérette de quartier par une grande chaîne. Les petites et moyennes entreprises (PME) disparaissent, au profit des plus grandes.
Le monde rural, tout bucolique qu’il semble être, n’est pas simple. Un agriculteur sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. À force de travailler soixante heures par semaine pour quelques centaines d’euros, avec une montagne de crédit dont on ne voit pas le bout, l’amertume des agriculteurs grandit. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les fortunes de l’industrie soient bienvenues là où l’argent manque.
Les autorités, de leur côté, n’ont pas réellement de pare-feu. Pour le…
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