« Les Iraniens sont littéralement assoiffés par le manque d'eau »

29 juillet 2021 à 13h44,

Durée de lecture : 5 minutes

Climat
Monde

En Iran, où la crise de l’eau provoque des pénuries et des coupures d’électricité, la population manifeste sa colère. Des soulèvements de la soif ont débuté le 15 juillet au Khouzestan, au sud-ouest du pays, en proie à une sécheresse depuis la fin du mois de mars. Au moins huit personnes sont mortes depuis le début de la mobilisation. Pour mieux comprendre les enjeux, Reporterre a interrogé le spécialiste de l’Iran Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Thierry Coville. © Iris France


Reporterre — Que se passe-t-il en Iran ?

Thierry Coville : Le Khouzestan, au sud-ouest de l’Iran, est une région très chaude, où les températures dépassent les 50 °C l’été. Elle est frappée par une sécheresse depuis quelques mois. Les habitants sont littéralement assoiffés par le manque d’eau potable et les agriculteurs manquent de cette ressource pour irriguer leurs cultures. Plusieurs manifestations de colère se sont déroulées ces quinze derniers jours [à Susangerd, Mahshahr, Hamidiyeh, Chadégan, ou encore Ahvaz, la capitale de cette province].

Le manque d’eau aggrave une situation économique déjà dégradée, et se superpose à des tensions ethniques et religieuses. Le Khouzestan est l’une des provinces les plus pauvres, alors qu’elle abrite les principaux gisements de pétrole iraniens. Cette situation est très mal vécue par la population, une minorité arabe et sunnite, qui se sent discriminée et abandonnée par le pouvoir central. C’est un cocktail explosif.

Quelle est l’origine de la crise de l’eau en Iran ?

L’Iran est durement touché par le changement climatique, qui joue sur l’augmentation des températures et la sécheresse. Il y a aussi des problèmes de pression démographique et des mauvais choix de gestion de la ressource en eau, qui est surconsommée par une population de plus en plus nombreuse et par les industries, mais également en raison du développement d’une agriculture nécessitant beaucoup d’eau. Les manifestants dénoncent régulièrement le fait que la République islamique d’Iran a construit trop de barrages depuis la révolution, ce qui contribue à épuiser la ressource [647 étaient en fonction en 2015, favorisant ainsi l’assèchement des zones humides.]. Enfin, depuis le début des années 2010, l’État sous-investit dans l’entretien du réseau de distribution d’eau, les eaux usées ne sont plus assez traitées, ce…

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Auteur: Reporterre

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