À peine tournée la page des quarante ans de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, si peu rappelée mais bien ancrée dans les mémoires en éveil, il reste le goût amer d’un rendez-vous manqué avec la jeunesse d’ascendance migrante et coloniale d’hier, dont les espoirs et les idéaux ont été trahis par la Mitterrandie. Tout comme aujourd’hui est piétinée la dignité de ses descendant·es, que la Macronie veut domestiquer en les surveillant sans répit, faisant planer sur elleux le spectre d’une mort lente ou violente, et s’en prenant à leurs parents, forcément indignes.
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Surtout aux yeux d’un gouvernement qui ne cache plus son mépris des quartiers populaires, des migrant·es, des pauvres, des récalcitrant·es de tous poils, surtout quand iels se soulèvent, et les érige en ennemi·es de l’intérieur. Incapable de comprendre cette société en pleine mutation, dont la jeunesse ne répond plus aux sommations, symboliques ou policières, pour ne s’en remettre qu’à sa capacité à trouver par elle-même les instruments de compréhension et de transformation de son monde qui vacille.
Ce sens aigu de la désobéissance gagne toutes les couches d’une jeunesse française émancipée des obsessions identitaires d’aînés repliés sur leur passé. À force de fomenter l’amnistie et l’amnésie tant de la collaboration que des guerres anticoloniales, à commencer par celle qui hante encore les dirigeants français, la guerre d’Algérie, ces Français·es d’hier ont raté la marche vers le présent et peinent à discerner les contours d’un avenir…
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Auteur: Nacira Guénif

