De la croyance qu’un combat principal sur les questions économiques permettra de se débarrasser du vote d’extrême-droite, et même plus généralement du racisme, il ne reste plus grand-chose. À part chez un François Ruffin peut-être. Son invitation à mettre la pédale douce sur l’antiracisme pour ne pas froisser les « classes populaires blanches » a choqué, surtout depuis que la France Insoumise a, sur ce sujet au moins, fort heureusement bien évolué.
Les choses ont changé durant les dix dernières années sur la question dite raciale. Et il faut saluer le travail militant et intellectuel visant à faire reconnaître l’autonomie des dominations raciales, par ailleurs étroitement intriquées aux logiques économiques : le racisme n’est pas soluble dans la lutte des classes, le combat contre l’exploitation n’y mettra pas magiquement fin.
Le travail de recherche (et de diffusion de sa recherche) de Félicien Faury, qui analyse le vote des électeurs du Rassemblement national comme un « vote raciste », est à cet égard exemplaire et d’une grande utilité : il paraîtrait absurde aujourd’hui de mener un combat antifasciste qui ne prenne pas à bras-le-corps la question raciste. Celle-ci est au coeur de l’entreprise consistant, avant même de se demander comment empêcher électoralement l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir, à freiner les processus de fascisation à l’œuvre : c’est-à-dire de désignation d’un ennemi, intérieur et extérieur, dont l’humiliation, l’éloignement voire l’élimination, permettraient une renaissance nationale et morale.
Mais il est beaucoup moins admis que le patriarcat est aussi central et structurant à l’extrême droite – et pourtant…
On voudrait proposer – sans prétendre couvrir l’ensemble des questions, comme par exemple celle des liens entre déni du désastre écologique et extrême-droite – quelques réflexions possiblement utiles à la…
Auteur: Sylvie Tissot

