« Les lycéens ne veulent pas d'un monde sexiste, de guerres, de génocides, d'extrême droite, d'une éducation bradée »

Professeure d’histoire-géographie depuis quinze ans dans un lycée d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Manel Ben Boubaker est militante antiraciste et membre du comité éditorial de la revue féministe La Déferlante. Elle a coordonné Entrer en pédagogie antiraciste — D’une lutte syndicale à des pratiques émancipatrices (Shed Publishing, 2023). Solidaire avec ses élèves dès le début de la mobilisation, elle a répondu à Reporterre depuis son lycée, avant de rejoindre un rassemblement avec d’autres enseignants.

Reporterre — C’est comment, en 2026, d’enseigner dans un lycée de Seine-Saint-Denis ?

Manel Ben Boubaker — C’est faire face à des défaillances majeures. À commencer par le bâti. Le mien n’est pas le pire, mais presque tous les lycées ont été construits avant les années 1970, rarement rénovés, puis agrandis à coups de préfabriqués. Et le nombre d’élèves augmente chez nous, alors qu’il baisse à l’échelle nationale.

« Leurs revendications sont les nôtres »

Les moyens alloués à l’éducation reculent depuis vingt-cinq ans, avec une accélération néolibérale sous Macron. On a alourdi les missions des profs, imposé un management brutal, sans augmenter les salaires pendant des années : le métier n’attire plus et beaucoup de collègues partent. Il y a aussi Parcoursup, qui renforce la sélection à l’université. Tout cela relève d’un projet de société : faire de l’éducation un marché, en mettant les établissements en concurrence.

Certaines banderoles parlent de classes à 35 °C. Que vit-on dans vos salles ?

Ce sont des passoires thermiques, c’est certain. Dans mon lycée, la plupart des salles n’ont ni rideaux ni volets. Dans l’un de nos bâtiments, 90 % des fenêtres ne s’ouvrent pas. Quand on a demandé des réparations, au moment du Covid-19, la région nous a répondu que c’étaient des fenêtres sur mesure et que ça coûtait trop…

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Auteur: Alexandre-Reza Kokabi