- Attécoubé (Abidjan, Côte d’Ivoire), reportage
Debout face à la lagune, les vagues recouvrant à la fois ses sandales et les détritus, Naomi Sansan hausse le ton pour sermonner les hommes juchés sur leur pirogue. Ils n’ont pas rapporté assez de poisson ce matin d’octobre. La femme de 47 ans, vêtue d’un boubou violet, est une des mareyeuses du marché d’Abobo-Doumé, à Attécoubé. Cette commune de la capitale économique de la Côte d’Ivoire est réputée pour ses activités de pêche artisanale. Tous les jours, de 6 h à minuit, elles sont plus de 500 à acheter, trier, nettoyer, conserver, sécher et vendre le thon, le mérou ou l’asaf attrapés par un millier de pêcheurs. Un grouillement quotidien qui aurait pu disparaître si le groupe de mareyeuses mené par Naomi Sansan ne s’était pas battu pour conserver son lieu de travail et ses traditions.
Naomi Sansan, la « meneuse » des mareyeuses en lutte d’Abobo-Doumé.
En novembre 2017, la Côte d’Ivoire a inauguré en grande pompe, au village voisin de Locodjro, un débarcadère offert par le Royaume du Maroc. Baptisé « Point de débarquement Mohammed VI », il est doté d’une plateforme de 3.000 m2, d’une passerelle de 30 mètres et de deux pontons pour l’accostage des embarcations. Symbole de la coopération Sud-Sud, l’installation est censée augmenter la production et apporter de meilleures conditions d’hygiène et de sécurité aux mareyeuses. Notamment en leur permettant d’atteindre la marchandise sans mettre les pieds dans l’eau saumâtre.
« C’est ici qu’on gagne notre pain quotidien. Là-bas, la place manque, c’est mal situé »
Le projet s’inscrit dans la politique des grands travaux initiée par le président Alassane Ouattara, réélu ce 31 octobre pour un 3e mandat très controversé. Pour asseoir sa légitimité, le chef d’État s’appuie sur la santé économique de son pays et son statut de « bâtisseur ». L’ancien…
Auteur: Reporterre
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