Au XIVᵉ siècle, le penseur arabe Ibn Khaldûn, voyant sa civilisation s’égarer dans un luxe superflu, formula une prédiction anxieuse : les marges mettront fin à l’empire. Cette alerte est aujourd’hui érigée en perspective stratégique par certains habitants de ces marges, dans un manifeste ambitieux et stimulant : Révolutions de notre temps : manifeste internationaliste, du réseau international Les Peuples veulent (La Découverte, 2025).
La genèse de ce texte collectif illustre à elle seule une partie de son propos : né de rencontres organisées à La Cantine syrienne, un lieu parisien accueillant des dissidents syriens en exil, le texte a été écrit, discuté et amendé par des « révolutionnaires du monde entier », dans l’espoir de remettre au goût du jour une « méthode » pour irriguer les luttes.
Les constats et propositions formulés par le collectif ont ceci d’intéressant qu’ils émanent en grande partie de dissidents politiques aux expériences variées, comme des Soudanais qui se sont battus contre le régime d’Omar El-Bechir ou des révolutionnaires du Kurdistan : « L’internationalisme, comme la théorie révolutionnaire, a toujours été étroitement lié à l’exil, à la migration et aux diasporas », écrivent les auteurs et autrices du texte. L’internationalisme, ce courant de pensée qui propose de créer une alliance des peuples en lutte à travers le monde, était particulièrement fort lors des révoltes contre les empires coloniaux du siècle précédent.
Des luttes qui partent des marges
Des réflexions sur l’opposition entre les marges et le centre, qui irriguent aujourd’hui les mouvements féministes et l’écologie décoloniale, sont plus que jamais d’actualité « face à des pouvoirs internationalement organisés », note le collectif. En cessant de mener des luttes isolées les unes des autres pour mener un « combat transnational », l’internationalisme…
Auteur: Nicolas Celnik

