Maurice Blanchot avait été très impressionné par la manifestation du 13 février 1962, cortège funèbre d’1 million de personnes rendant hommage dans Paris aux assassinés de Charonne (manifestants anti-OAS assassinés par les flics le 7 février dans l’entrée du métro Charonne, sous les ordres de Maurice Papon). Les manifestants du 13 portaient dans leurs bras des gerbes de fleurs, à foison, marchaient avec cette « lenteur inouïe » et dans un grand silence souverain : « l’immobile, la silencieuse multitude (…) l’infini qui répondait à l’appel de la finitude et qui y faisait suite en s’opposant à elle » (Blanchot, La communauté inavouable).
Il se peut que la tragédie à venir, dans la rue, se solde par des morts en quantité, car le capitalisme est féroce, le fascisme non moins. Mais il n’est plus du tout certain que « la mort (soit) la véritable communauté des êtres mortels » (ibid).
Soit quatre scènes.
La première, vécue en province durant la lutte contre la loi travail, où l’on scandait dans les manifs « tout le monde déteste la police ». Slogan qui se répercutait facilement et rapidement de la tête vers l’arrière du cortège. Aussitôt se faisaient entendre deux autres slogans accompagnant le premier « À bas la police » et « La police avec nous ». Le premier faisait figure de proue fendant l’océan, les deux autres forçaient à s’expliquer sur leurs divergences quant au cap à tenir. Chacun exprimait la présence d’un mouvement insurgé, non seulement diviseur mais divisé en lui-même.
« Tout le monde déteste la police » : une injonction à ce que tout le monde en effet la déteste, bien que tout le monde ne la déteste pas réellement. Arme performative de guerre et d’affrontement, plus que forme de subjectivation opérante, le slogan active la question au point de pouvoir rendre inopérante l’institution policière dans ce que l’État souhaite qu’elle…
La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

