Les médias au service de la révolution conservatrice

Les premières analyses de Pierre Bourdieu sur l’émergence des « intellectuels-journalistes » paraissent dans les années 1970, et celles sur la soumission du journalisme aux exigences du marché à la fin des années 1980. En 1992, les journalistes de Reporters sans frontières l’invitent à une émission sur la guerre du Golfe : le sociologue y analyse leur contribution inconsciente à la naturalisation de la vision dominante du monde social ; et un hebdomadaire grand public (Télérama) se fait l’écho de ces critiques.

Pourtant, en 1996 la parution de son recueil Sur la télévision déclenche une polémique particulièrement violente, mobilisant les plus grands quotidiens et hebdomadaires plusieurs mois durant, période pendant laquelle le livre est en tête de la liste des meilleures ventes. L’analyse des contraintes pesant sur le travail journalistique (urgence, concurrence, etc.), qui contribuent au « désenchantement de la politique », rejoint en fait, dans cette analyse des médias, les menaces que font peser, sur le débat public, les intellectuels médiatiques, dont la production est ajustée aux exigences de l’audimat. Mais alors que les textes plus savants de Pierre Bourdieu avaient été relativement peu lus, Sur la télévision fait tomber la barrière de l’ésotérisme savant.

Par ailleurs, la situation n’est pas à l’apaisement, notamment après la parution, dans Libération (17 janvier 1995), d’un libelle intitulé « Sollers tel quel », où Pierre Bourdieu dénonce le reniement des avant-gardes consacrées, condensé dans l’apologie par Philippe Sollers du Premier ministre et candidat favori des présidentielles d’alors : « Balladur tel quel ». Ce travail de dévoilement est complété par la publication, également aux éditions Raisons d’agir, des Nouveaux Chiens de garde (1997), ouvrage dans lequel Serge Halimi, alors journaliste au Monde diplomatique, décrit les réseaux du « journalisme de connivence » et son rôle déterminant dans l’installation de l’idéologie de marché dans les opinions. Sur la même ligne et dans la même collection, un ouvrage collectif de jeunes chercheurs du Centre de sociologie européenne, Le Décembre des intellectuels français, revient sur les clivages politiques que le mouvement de Décembre 95 a fait apparaître (entre les intellectuels qui ont soutenu le plan Juppé et ceux qui ont accompagné la résistance des grévistes) et sur le rôle décisif que jouent les médias dans la construction du débat public.

En plus des effets…

La suite est à lire sur: www.acrimed.org
Auteur: Acrimed

Pour l’actu indépendante

🌍 Soutenez l’info libre. Gardez OnePlanète vivant et sans pub
→ ko-fi.com/oneplanetecom

Buy Me a Coffee at ko-fi.com