Le 23 février, LFI organisait une conférence de presse « face aux nouveaux médias » « numériques et alternatifs » à laquelle n’ont pas été accrédités, par définition, les médias traditionnels qui en ont fait la demande comme TF1, Le Monde, Libération, L’Express ou encore France Info. Cette initiative intervient dans une conjoncture particulière, après dix jours d’intense cabale médiatique contre le mouvement de gauche : une phase d’accélération très nette de la fascisation du débat public, au cours de laquelle à peu près tous les fondamentaux journalistiques ont été allègrement sabordés. Comme souvent face à ce type d’emballements – normalisés, massifs et de plus en plus fréquents, en particulier depuis 2015 –, SDJ et syndicats de journalistes sont restés bouche cousue : à notre connaissance, au 23 février, aucun n’avait trouvé à redire publiquement à cette entreprise de dénigrement, dont les chefferies éditoriales (et les services « politique ») ont été activement partie prenante.
L’organisation de cette conférence de presse signe un regain de politisation des rapports qu’entretient LFI à la médiatisation… et au champ journalistique en particulier. Ici, un mouvement d’opposition – à la fois fort d’un ancrage électoral populaire et dominé dans le champ politique – propose un dispositif d’un genre nouveau, consistant à légitimer des médias et des producteurs d’information dominés quant à eux dans le champ journalistique en leur réservant une conférence de presse. En dehors de la fachosphère, LFI n’observe pas de discrimination idéologique parmi les médias numériques. Elle revendique pleinement, en revanche, la portée politique de cette initiative : une rupture avec « la presse des 9 milliardaires qui possèdent 90% [des] médias » et la légitimation d’une « alternative », pour un « autre format de relations » qui « concilierait le respect…
Auteur: Pauline Perrenot

