Élèvera-t-on bientôt en France des saumons en cuves, comme on élève des poulets hors-sol ? C’est en tout cas le souhait de Pure Salmon, firme aquacole basée à Abou Dabi (Émirats arabes unis). D’ici 2030, la multinationale prévoit de mettre en fonctionnement la première usine d’élevage de saumons « en recirculation » de France, au Verdon-sur-Mer, près de Bordeaux. Présenté comme un moyen « d’assurer la souveraineté alimentaire » du pays en « réso[lvant] les problèmes liés à l’élevage en mer », ce projet, actuellement en phase d’enquête publique, est critiqué par bon nombre d’associations écologistes et d’élus, qui décrient une technologie risquée, énergivore et polluante.
Le projet Pure Salmon s’inscrit dans un contexte d’explosion de la demande de saumon d’élevage. En à peine vingt ans, le marché a triplé. 3 millions de tonnes — soit environ 600 millions d’individus — sont aujourd’hui abattus chaque année, contre 1 million au début du siècle. La France compte parmi les principaux responsables de ce phénomène. Chaque année, ses habitants engouffrent en moyenne 4,2 kilos de saumon, faisant du pays le premier consommateur d’Europe, et le quatrième au monde.
99,9 % des saumons que nous mangeons sont importés. La France manque en effet de plans d’eau suffisamment froids pour que l’on puisse y élever des saumons dans des cages marines, semblables à celles qui pullulent dans les fjords de Norvège et d’Écosse. C’est dans cette brèche que les tenants des cages terrestres, ou « systèmes aquacoles en recirculation » (RAS, pour « recirculating aquaculture systems », dans le jargon de l’industrie) souhaitent s’engouffrer. Pure Salmon vise une production de 10 000 tonnes de poisson par an, soit 5 % de la consommation de saumons des Français — et l’équivalent des débarquements des 844 marins pêcheurs de la Côte basque et des Landes.
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Auteur: Hortense Chauvin

