Dans une grande pièce froide qui sert normalement de salle de réunion aux habitants du village d’Al Boleel, dans la province de Deir ez-Zor, un homme est allongé sur un lit sous une épaisse couverture colorée. Son teint est cireux. Tout autour de lui, des voisins sont assis en cercle. La victime semble à bout de forces. Ahmed est un miraculé. Il y a huit jours, ce berger de 32 ans se trouvait à bord d’une camionnette blanche qui a roulé sur une puissante mine antichar.
« On était partis chercher un endroit pour faire paître nos moutons. À un moment, il y a eu un croisement pour aller à droite ou à gauche. D’habitude, on prenait le chemin de droite, mais pas cette fois, peine à raconter le père de famille. D’un coup, j’ai été projeté hors de la camionnette. Ensuite, je ne me souviens plus de rien. Je me suis réveillé à l’hôpital. » Une partie de la jambe droite d’Ahmed a été déchiquetée. Des morceaux de métal ont transpercé son estomac. Deux de ses cousins ont été tués sur le coup. La violence de l’explosion a tordu la carrosserie du véhicule comme une feuille de papier d’aluminium.
Assad est parti, ses miliciens également, mais ces tyrans nous ont laissé ces mines.
Abdelsalem
Assis sur le lit de son fils, le père d’Ahmed l’aide délicatement à se relever pour lui faire boire une tasse de thé. Abdelsalem, également berger, raconte la détresse de tous les éleveurs de la région : chaque matin, il mène son troupeau aux portes du désert pour nourrir ses bêtes. « Il n’y a que là-bas que l’on trouve des buissons-ardents, soupire le sexagénaire. Nos jeunes empruntent toujours le même chemin avec le bétail. Ils connaissent les risques et prennent beaucoup de précautions, mais nous vivons la peur au ventre. Assad est parti, ses miliciens également, mais ces tyrans nous ont laissé ces mines. »
L’impossible…
Auteur: Céline Martelet

