Musée National du Danemark, Copenhague, CC BY-SA
Alors que l’Europe s’est longtemps pensée depuis la lumière méditerranéenne, foyer auto-proclamé de la démocratie et de la civilisation, le Nord est resté dans l’ombre, relégué aux marges du récit historique. Dans leur imposante somme Les Mondes du Nord : De la Préhistoire à l’âge viking, qui vient de paraître aux éditions Tallandier, les historiens Vivien Barrière, Stéphane Coviaux, Alban Gautier et Anne Lehoërff prennent cette vision à contre-pied et nous proposent une enquête sans précédent au-delà du 50e parallèle. En plaçant les peuples et les terres nordiques au centre de leur analyse, ils braquent toute la lumière sur la riche histoire du Nord jusqu’à la fin du premier millénaire.
Aux environs de l’an mille, l’abbé anglo-saxon Ælfric d’Eynsham écrit ces mots à propos de son pays, l’île de Grande-Bretagne :
« Cette terre n’est pas aussi forte en vigueur ici, sur le bord extérieur de l’étendue de la terre, qu’elle ne l’est au milieu, dans des terres fortes en vigueur. »
La formule, frappante, interroge. Pourquoi donc un Anglais du début du XIe siècle aurait-il l’impression de vivre « au bord du monde » ? Pourquoi regarde-t-il son île comme reléguée à l’extrémité d’un univers habité dont le centre est bien plus au sud, sur les rives de la Méditerranée ? Et pourquoi le fait d’habiter une terre aussi excentrée et septentrionale serait-il un signe de faiblesse, voire d’infériorité ? Serait-ce l’expression d’une vision du monde propre à Ælfric ?
Assurément non.
Un siècle et demi plus tard, l’auteur de la Passion de saint Olaf, sans doute…
Auteur: Vivien Barrière, Maître de conférences en histoire ancienne et archéologie, CY Cergy Paris Université
