Les morts amènent la vie : comment cadavres d'animaux, arbres calcinés et récifs inertes nourrissent leurs congénères

La mort n’est pas une fin, bien au contraire. Enfin, du moins si l’on se place à l’échelle d’un écosystème. Morts, certains organismes continuent de sculpter le monde vivant. Leurs dépouilles peuvent même contribuer à sa vitalité. C’est ce que montre une étude publiée en juin dans la revue Science Advances. Des chercheurs ont mesuré, pour la première fois à une si grande échelle, la manière dont les vestiges d’espèces dites « fondatrices » (c’est-à-dire jouant un rôle structurant, comme les coraux dans un récif et les arbres dans une forêt) façonnent les écosystèmes. Leurs effets peuvent être majeurs, observent les scientifiques, qui recommandent de considérer l’influence des défunts sur les vivants comme un « concept central de l’écologie ».

« Les restes des espèces fondatrices ne constituent pas simplement un arrière-plan écologique » ni des « débris passifs », écrivent-ils. Au contraire : « Ils sont des agents dotés d’un fort potentiel pour modifier la structure, le fonctionnement et la résilience des écosystèmes. » Des morts-vivants, des vrais.

Pour parvenir à ces résultats, l’équipe a analysé les données du réseau pour la recherche écologique à long terme de la Fondation nationale pour la science des États-Unis, qui a suivi l’évolution de plusieurs populations d’espèces fondatrices, deux à trente-deux ans après des épisodes de mortalité extrême. Dix écosystèmes (pour moitié marins, pour moitié terrestres) ont été passés au crible : récifs coralliens, forêts de mangroves et de kelp, récifs d’huîtres, forêts tropicales humides et boréales… Leur répartition géographique va des tropiques au cercle polaire arctique.

Une carcasse de baleine devient un garde-manger

Verdict : les cadavres peuvent être fertiles. Ils sont susceptibles d’accélérer la restauration des écosystèmes et d’augmenter leur résilience, de manière…

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Auteur: Hortense Chauvin