« L’Encyclopédie des morts », c’est le titre d’une nouvelle assez borgésienne de Danilo Kiš, qui figure au panthéon de mes auteurs préférés. La narratrice, invitée de marque en Suède par l’Institut de la Recherche Théâtrale, se voit proposer par son cicerone, entre autres activités réservées aux VIP, une nuit, non pas à l’Opéra, mais dans la Bibliothèque Royale. Elle y découvre assez vite que chaque salle correspond à une lettre de l’alphabet, lesquelles lettres sont les initiales de noms propres : « J’avais compris, me rappelant sûrement avoir lu quelque chose à ce sujet, qu’il s’agissait de la célèbre Encyclopédie des morts. » La narratrice se précipite sur un des milliers de volumes consacrés à la lettre M, dans lequel elle va retrouver la biographie complète et détaillée de son père, mort « moins de deux mois avant [s]on séjour en Suède ».
Appuyée aux étagères de bois branlantes, le livre dans les bras, je lus sa biographie, en perdant toute notion du temps. Les livres, comme dans les bibliothèques médiévales, étaient attachés par une lourde chaîne à des anneaux métalliques fixés aux étagères. Je le compris en essayant d’emporter le lourd volume pour le rapprocher de la lumière. […]
[C]e qui rend cette encyclopédie unique en son genre – outre qu’il s’agit du seul exemplaire existant –, c’est la façon dont sont décrits les rapports humains, les rencontres, les paysages ; cette multitude de détails qui font une vie humaine. La mention (par exemple) de son lieu de naissance, exacte et complète (« Kraljevčani, commune de Glina, canton de Sisak, district de Banija »), est accompagnée de renseignements géographiques et historiques car là-bas, tout est noté. Absolument tout. Les paysages de sa région natale sont rendus de façon tellement vivante qu’en lisant, ou plutôt en survolant les lignes et les paragraphes, j’avais l’impression…
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Auteur: dev

