Les mots qui motivent ou paralysent notre engagement écologique

Pauline Bureau est linguiste à l’université Paris-Nanterre et vice-présidente du groupe de réflexion La Fabrique écologique. Elle s’intéresse notamment aux effets du langage sur la description du changement climatique et sur la transition écologique.

Reporterre — Comment le langage a-t-il évolué et s’est-il adapté à la crise écologique que nous vivons ?

Pauline Bureau — Dans ma thèse, j’ai étudié les termes utilisés par la presse, les ONG, les institutions intergouvernementales — dont l’Organisation des Nations unies et le Giec — pour parler du changement climatique. Le langage utilisé pour le décrire s’est forgé à partir des sciences du climat, puis des sciences humaines ; un langage a priori neutre. L’expression « changement climatique » en est un exemple prototypique.

Puis, lorsque les questions écologiques ont commencé à être davantage médiatisées, à se démocratiser et à faire peur, il s’est produit une forme d’inflation du lexique avec des termes reflétant davantage l’idée d’une urgence : « urgence climatique », « crise », « catastrophe ». Cette évolution n’est pas homogène. Ce sont surtout les médias et les militants qui utilisent ces expressions. Le Giec les utilise assez peu. Néanmoins, le climatologue James Risbey, qui s’est appuyé sur la littérature scientifique pour voir si l’utilisation de tels termes était justifiée, a conclu que oui.

Une autre évolution a été l’apparition de termes pour répondre aux enjeux climatiques. On répond à la catastrophe en introduisant des solutions nouvelles, désignées par des expressions inédites, voire des néologismes comme « décroissance ».

Quelles conséquences a sur nous l’utilisation de tels termes catastrophes ?

Je ne peux pas totalement répondre en tant que linguiste, l’effet du langage sur le réel est nécessairement relatif et il faudrait aussi s’appuyer sur des travaux de psychologues, de…

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Auteur: Émilie Massemin